OSTEOPATHIE ET AIKIDO
AÏKIDO ET OSTÉOPATHIE
Parler de ces deux arts, c’est engagé un dialogue du corps, du mouvement et de l’Énergie. C’est aussi une façon de faire rencontrer l’art martial de la non-résistance avec l’art thérapeutique de l’harmonie, de l’équilibre et de la mobilité.
Imaginons un instant un aïkidoka exécutant un irimi nage. Il guide la force de son partenaire dans un mouvement circulaire et fluide. Puis, imaginons un ostéopathe, dont les mains expertes écoutent et perçoivent les restrictions de mobilité d’un aïkidoka qu’il libère par des techniques manuelles appropriées. Deux gestes apparemment différents, mais qui puisent à la même source : une compréhension holistique du corps vivant et en mouvement. L’aïkido et l’ostéopathie ne sont pas simplement des techniques ; ce sont des arts subtils qui écoutent et qui dialoguent avec l’intelligence du corps.
UNE PHILOSOPHIE COMMUNE : L’UNITÉ ET LE MOUVEMENT :
Le premier pont entre ces deux disciplines réside dans leur vision fondamentale de l’être humain.
-L’Aïkido, fondé par Morihei Ueshiba, est bien plus qu’un art martial. C’est une discipline martiale mais, également, une « voie de l’harmonie, du mouvement et des énergies ». Il ne s’agit pas de briser l’adversaire, mais bien d’unir son mouvement au sien pour le neutraliser sans heurt. Le pratiquant cherche à développer son kokyu ryoku (la puissance du souffle) et à maintenir son centre (hara). Le corps est perçu comme un tout unifié où la souplesse, la détente, priment sur la force brute.
-L’Ostéopathie, née de l’esprit du Docteur Andrew Taylor Still, repose sur un principe cardinal : « le corps est une unité structurelle qui doit rester mobile ». Il avait l’habitude de dire : « que les vrais remèdes se trouvent dans un corps vivant et mobile » et « que le principe même de vie se résume dans le déplacement et le mouvement ». Il considère que la structure (os, muscles, fascias) et la fonction (mouvement, physiologie) sont interdépendantes et que toute perte de mobilité d’une structure peut affecter l’équilibre de l’ensemble de l’organisme, donc la santé et sa capacité d’auto- guérison. L’ostéopathe, comme l’aïkidoka, cherche à rétablir la fluidité, le mouvement, la mobilité, la motilité et la communication au sein de ce système structure-fonction.
LE CORPS EN MOUVEMENT : PRÉVENTION ET RÉPARATION
La pratique de l’aïkido, bien que non agressive, est exigeante pour le corps. Les chutes (ukemi), les pivots et les saisies peuvent solliciter, dans l’espace-temps, l’appareil locomoteur. Ce dernier peut, à bas bruit, se déstabiliser, se déséquilibrer. C’est précisément ici que l’ostéopathie trouve toute sa place pour vérifier si tout est en ordre de marche ou si certains réglages sont nécessaires à titre prophylactique ou curatif.
Pour l’aïkidoka, l’ostéopathie est un allié précieux. Elle permet de :
-Prévenir les blessures : En s’assurant de la bonne mobilité des articulations (chevilles, genoux, bassin, colonne vertébrale, épaules etc..). L’ostéopathe aide le corps à mieux absorber les contraintes des ukemi et des torsions.
-Optimiser la performance : Par exemples, une cage thoracique mobile, un diaphragme souple, améliorent la respiration et l’acte cardio-respiratoire. Un bassin libre favorise un ancrage plus solide et des déplacements plus fluides, harmonieux et puissants. En travaillant sur les chaînes musculaires et fasciales on obtient une gestuelle plus efficace et économique.
-Accélérer la récupération : En cas de blessure (entorse, douleur articulaire, contracture), l’ostéopathie peut aider à drainer, relâcher les tensions et à rééquilibrer le corps, tout en accélérant la récupération plus rapide des pathologies traumatiques, complétant ainsi le travail médical traditionnel.
L’ART DE LA MAIN QUI ÉCOUTE ET QUI GUIDE
La similitude la plus frappante de ces deux disciplines réside peut-être dans l’outil principal : la main.
-L’ostéopathe utilise ses mains à l’écoute des tissus avec une grande dextérité et une très fine palpation. Elles sont le seul instrument de diagnostic et de traitement. Il « écoute » avec ses doigts qui pensent, sentent, voient, détectent la dysfonction d’un tissu, d’un muscle, d’un fascia, d’une articulation, d’un organe dans sa perte de mouvement. Il perçoit les micro-restrictions, les densités et
les asymétries. Son geste thérapeutique n’est pas une manipulation forcée, mais une invitation adressée au corps à se réajuster, un guide vers l’homéostasie, l’équilibre, l’harmonie et la santé.
-L’aïkidoka utilise également ses mains pour « accueillir », « écouter » l’intention et le déséquilibre de son partenaire (uke). Par le contact, il sent la direction et la puissance de l’attaque pour y répondre de manière appropriée. Il ne bloque pas ; il esquive, il absorbe, il guide, il déséquilibre, il redirige. La technique naît de cette écoute tactile fine, relâchée, souple et énergétique. Présence, placement, mobilité, absorption, détente active, relâchement tonique, concentration, respiration, énergie etc… sont autant d’éléments essentiels pour évoluer vers une technique efficace en mouvement.
Dans les deux cas, la main n’impose pas, elle s’adapte avec intelligence, avec compétence, elle propose, elle prend, elle donne. Elle est le vecteur d’un dialogue non-verbal efficace avec l’intelligence corporelle. C’est ce qui fait la beauté de ces deux merveilleuses disciplines.
UNE SYNERGIE ÉVOLUTIVE
Pour le pratiquant d’aïkido, consulter un ostéopathe, n’est pas seulement un acte de soin ponctuel. C’est s’engager dans une démarche globale de connaissance de soi. L’ostéopathie offre une lecture anatomique et fonctionnelle de ce que l’aïkidoka expérimente par son corps et le mouvement dans chacune de ses pratiques au dojo. Ensemble, elles forment un cercle vertueux : l’aïkido enseigne la justesse du geste, la relation à l’autre et la gestion de l’énergie, tandis que l’ostéopathie en assure le support structurel, la fluidité et la pérennité. Elles nous rappellent que la santé, comme l’art martial, n’est pas un état statique, mais bien un équilibre dynamique à cultiver, à entretenir, entre le corps, l’esprit, l’énergie et le mouvement.

Raymond SOLANO Ostéopathe D.O.
Ex-président du Registre des ostéopathes de France.
Auteur de plusieurs ouvrages d’ostéopathie. Ex-chargé d’enseignement en ostéopathie.
Conférencier.
Ex-président de la ligue Midi-Pyrénées d’aïkido et de Budo.
Aikidoka 5 e Dan – BE1 – DEJEPS
